° Mercredi, évocation collective de nos souvenirs de collège °Ok on était que 3 mais à partir de deux c'est collectif, nan ?°
On a surtout parlé des sixièmes.
Parce que les sixièmes, quand même... c'est génial les sixièmes. Ils sont encore tout petits, tout naïfs, tout patauds, on est tous passé par là et à l'époque on était persuadés que ça y est on était grands, comme eux aujourdh'ui.
Le sixième se met en rang deux par deux mais attention, pas question de tenir la main de son voisin parce qu' "on n'est plus en CM1 quand même, m'dame !".
Le sixième ne traine pas pour rentrer dans la salle de cours, c'est pourquoi il se coince dans l'embrasure de la porte : les architectes ne l'ont pas prévue assez large pour laisser passer deux cartables de front.
Oui parce que le sixième porte le cartable-escargot °celui qui permet de mettre toute sa maison sur le dos° 2 fois + large que haut, aussi haut que profond. Parallélipipède rectangle apocalyptique dans lequel l'élève encore consciencieux range TOUS ses livres, TOUS ses cahiers °alors que ces sadiques de profs d'Histoire lui demandent des 96 pages grand format, 1 pour l'Histoire, 1 pour la Géo, 1 pour l'Education Civique qui ne dépasse jamais les 20 pages écrites°
Sauf que ces dernières années la tendance côté sac est aux roulettes. C'est pour son dos, vous comprenez. Au lieu d'avancer plié en deux, il se déboite l'homoplate pour trimbaler sa bibliothèque scolaire derrière lui, tel le voyageur en aéronef.
L'autre sac incontournable, c'est le sac de sport. Admirable projectile pour jeu viril à base de coups portés au flan d'un "ami" en gardant la lanière en main efin d'asséner immédiatement après une splendide beigne sur la tête d'un autre "joueur".
L'objet sus-mentionné peut également servir quelques années + tard comme vecteur de drague, à la manière poétique des garçons de cet âge : et hop que j'te chope le p'tit sac de la donzelle °toujours trop petit le sac, les coutures prêtes à rendre le dernier soupir mais tant pis, faut quand même rajouter le déo à la framboise qui asphyxie tout le vestiaire, le mascara, le crayon à noeil, le glosss...° et que j'te le fais tourbillonner au-dessus de ma tête et qu'j'te le balance dans les paluches d'un complice hilare qui le refile à un autre complice, etc. et que j'te ricane et que j'te lève le bras en l'air avec le sac au bout et "Vas-y, saute !" "Mais Kéviiiin arrêteuuuh t'es chiannnt !" glousse la victime consentante.
Ce riant épisode ne peut survenir en sixième car les filles sont à cette époque de 10 centimètres + grandes que les garçons.
"Ouais les mecs ils font encore la taille à Sarkozy !" °Oui ma p'tite Trotinette, on dit la taille DE Sarko mais je ne suis que l'humble retranscripteuse de nos modestes paroles°
"Trop bien, c'est la Sarko's Size !"
"Oh nan ! La taille SS !"
Mais je m'égare. Le jeune mâle de sixième n'a pas encore ce raffinement, non, le sixième préfère repérer un banc sur lequel s'est laissée choir une demi-douzaine de ses petites camarades afin de plonger, cartable-escargot en avant, sur la brochette ainsi formée en hurlant "Salut les filles, ça farte ?" En effet, le sixième a toujours des références cinématographiques de merde et des expressions ringardes qu'il croit à la mode. Réaction immédiate : "Mais Kéviiin arrêteuuuh tu nous embêêête !" Car la sixième a encore un reste de distinction dans l'expression, éphémère souvenir de l'école primaire où l'on tente de leur apprendre à parler.
Note : cette dernière coutume de la pyramide humaine perdure parfois plusieurs années chez les individus les + gravements atteints...°